Comme promis je fais une série d’articles sur chaque cornemuse samplée et dont nous vous préparons des morceaux de choix. Je dois dire que nous avons été assez impressionés de la présence de ces morceaux d’histoire et de sons que représentent ces cornemuses. Et en tant que musicien je tiens vraiment à tirer mon chapeau aux propriétaires qui nous ont prêté ces véritables nobles dames.
Aujourd’hui, honneur à la doyenne: Miss Mc Dougall.

Quelques éléments sonores : Un démarrage ‘animal’ puis une bulle veloutée. A comparer avec les autres cornemuses samplées ce jour là ce n’est pas la plus puissante ; J’entends puissance non pas en terme de dB mais véritablement dans le sens d’impression auditive. Par contre c’est manifestement celle qui fournit le son le plus stéréophonique et entourant : véritablement une bulle.
NB : le démarrage c’est vraiment quelque chose !
D’un point de vue visuel, elle n’est pas clinquante mais donne une impression vraiment ancien régime avec sa débauche d’ivoire. Elle porte beau ses 130 printemps. Elle est en ébène véritable ; c’est la plus légère des quatre, elle a une perce assez importante, on y rentre facilement les doigts..
Voila l’histoire de l’acquisition de cette cornemuse racontée par son propriétaire actuel :
“Voilà l’historique de l’achat de mon pib. C’est un peu long, mais ça explique comment j’ai pu, presque par hasard, acheter cette cornemuse qui ne m’était pas destinée.
En 1984, soit deux ans après avoir débuté la cornemuse (je jouais sur une bonne Hardie “de base” que m’avait vendue François Dominé, que je remercie au passage pour ses conseils), je décidais de me faire plaisir et de m’offrir une vieille cornemuse, histoire de marquer le coup et d’avoir un instrument qui m’accompagnerait toute la vie.
En avril 84, je débarque donc en Ecosse, à Dumfries (Sud), -les poches pleines de pounds - où un piper mettait une cornemuse en vente (annonce sur le “Piping Times” de l’époque), soit disant qui aurait fait la bataille de Waterloo (juin 1815, pour ceux qui n’auraient pas suivi “Question pour un champion”…). Devant l’ancienneté présumée de l’instrument et ma constatation (consternation) que les coulisses étaient en vulgaire plastique à peine jauni (mes collègues du Pipe Band de Paris, canal historique, m’avaient bien mis en garde sur mon statut de “pigeon de l’année”), je me tournais alors vers mon plan B : gagner Glasgow et le collège of Piping, rue Ottago Street.
Là, Seumas Mac Neill (RIP) m’accueillit et après m’avoir écouté “exécuter” Battle of the birds (tous les oiseaux sont morts….), version… Mac Neill (un sésame inattendu), m’amena à l’étage où reposaient à même le parquet ciré une quinzaine de bagpipes, en dépôt-vente, tous plus beaux les uns que les autres. De l’ivoire et de l’argent partout ! N’ayant pas le Henderson full silver de mes rêves (histoire d’avoir le même que celui de Yann-Fanch Baot…) et conscient de mon embarras (pas facile de choisir entre Maseratti, Ferrari, Lamborghini, quand on a l’argent mais pas le permis de conduire…), SMN me demanda finalement ce que je souhaitais : “le meilleur et le plus vieux” finissais-je par lui répondre en désespoir de cause. “Celui-ci” me répondit-il sans hésiter une seule seconde, en me montrant un pib tout pourri, avec une vieille housse défraîchie, la poche poreuse, le chanter d’origine fendu (qu’il garda, me donnant à la place un Hardie tout neuf), les anches dégoulinantes d’humidité. “C’est un Duncan Mac Dougall. Les élèves s’en servent tous les jours pour qu’il tourne. C’est le meilleur de tous. Dépêchez-vous de le prendre, car un américain est déjà sur le coup et pourrait passer demain. Mais comme vous êtes arrivé avant lui….”
Il m’apprit ensuite qu’il s’agissait d’un pib ayant appartenu au duc de Sutherland, un comté situé tout au nord de l’Ecosse, sans plus de précision.
Fort dépité de ne pas avoir le “HendersonfullsilvertoutpareilcommeYann-FanchBaot”, mais conscient que Seumas Mac Neill ne s’était pas moqué de moi (un brocanteur de Glasgow, spécialisé dans les ventes de pibs d’occasion et “ennemi intime” de Seumas Mac Neill, m’avait confirmé l’après-midi même que les Mac Dougall étaient très recherchés et que j’étais “very lucky”. Lui-même n’en avait jamais eu un sous la main),je rentrais à Paris où j’appris qu’en posséder un en étant pratiquement débutant tenait du miracle.
J’eus la confirmation deux ans après, par hasard, en allant en stop à Wick pour un festival de musique, tout au nord de l’Ecosse, que ce pib était celui du sonneur héréditaire du clan Sutherland et plus particulièrement des “Dukes of Sutherland” successifs. Ce pib avait disparu de la circulation. Personne ne savait ce qu’il était devenu. Il fut reconnu par le Pipe Major du Pipe Band de Wick de l’époque (chez qui j’avais été invité par hasard), un vieux monsieur adorable, Noel Coghill, ancien piper du Pipe Band de Donald Mac Leod (Seaforth highlander). En apercevant le pib (il l’identifia immédiatement), il en avait même pleuré car il connaissait le dernier sonneur à s’en être servi, décédé depuis bien longtemps. Ce pib servait essentiellement au pibroch.
Et pour finir, une petite anecdote. En allant à Wick, où l’on m’attendait, je fus pris en stop du côté de Dundee par un homme à qui j’appris que dans la caisse que je transportais, il y avait un bagpipes. Voilà l’échange surréaliste que nous avons eu :
- Vous jouez de la cornemuse écossaise ?
- Oui.
- Si vous ne savez pas où dormir, je peux vous amener chez mon cousin. Il fait de la cornemuse et joue très bien. Il pourrait vous montrer des petits trucs et vous donner des cours.
- Je vous remercie beaucoup, mais je n’ai pas du tout le temps, je dois être à Wick ce soir où l’on m’attend.
- Quel dommage !
Avant de me déposer, cet automobiliste insista pour me donner les coordonnées de son cousin qu’il inscrivit sur une feuille de papier, me serra la main et démarra.
Voilà le nom du “cousin qui joue très bien” :
“John Burgess. Invergordon…”
Eh merde…
Daniel Gloaguen
J’en ai fait une traduction approximative:
“Here’s the story of the buying of my pipe. How I cross the path of this bagpipe, almost by random.
In 1984, two years after beginning playing the pipe, I decided to get a good old bagpipe and to offer myself one’s life instrument. At this time I was playing a
standart “Hardie” thanks to François Dominé,
In april 1984, I just landed in Dumfries, with my pocket full of pounds and seeking for the bagpipe of my dreams. There was an announce ( in the PipingTimes
of those years..) about a pipe which would have been used during Waterloo battle (june1815). Deception : it had some poor plastic furniture. But I had been
warned by my collegues of the Paris Pipe Band of my possible sheep condition.
So I decided to move to Glasgow and more precisely to the “college of Piping, Ottago Street”.
There, Seumas McNeill (Requiescat in pace) welcomed me. Then, after listening to me playing “Battle of the birds” in a Mc Neill version, he brought me
upstairs in a room (Alibaba cavern) where about fifteen pipes were laying on the wood floor. There, from one beauty to another, there was only silver and
ivory!
Hard to choose beetween a Ferrari and Lamborghini when you got the money but no driving license!
A bit disappointed not to find the Henderson full silver of my dreams, when SMN asked me which one I wanted, I replied: “The best and oldest”, letting the
odds decide for me.
“This one” he said me without a doubt. The pipe he showed me had a poor appearance, an old cover, a porous bag, some soaking reeds, and a craked chanter
(he kept, giving me a brand new Hardie)..
‘It’s a Duncan Mc Dougall. The students use it everyday to keep it running. It’s the best of them all. Take your decision fast. An american could pass tomorrow and is interested…”
I told me later that this pipe belonged to the Duke of Sutherland. A place far north of Scotland, without being more precise.
Still a bit disappointed not to have an “HendersonfullsilverandIvory”, I was at least confident in the choice of Seumas Mac Neill. I had confirmation of that by a
second hand pipes dealer that same day who told that I was VeryLucky; Mc Dougall pipes were looked at and he never got one himself.
Once in Paris, I simply appeared blessed by the Gods to have such a pipe as a beginner.
Two years later, hitchicking to Wick for a music festival, I had the confirmation that this pipe was the “Dukes of Sutherland” pipe. No-one knew where it has gone. Invited accidentally by the Wick pipeband Pipe Major, he recognized immediatly this pipe. Noel Coghill was an adorable old man, ancient member of the Donald Mac Leod PipeBand (Seaforth highlander) himself, he told me with an apparent emotion that he knew the last piper who owned that McDougall; mostly used to play piobaireachd.” Traduction Bunkerman
Allez finie la parlote, prochain article : Miss Lawrie.